jeudi 2 avril 2009

Dernière anecdote

Enfin une dernière et longue anecdote, qui a peu de rapport avec l’école primaire, mais qui eut lieu, quand même, pendant ma scolarité de 1942/43, pendant la guerre.

Ma mère, couturière-confectionneuse, à domicile, travaillait pour les établissements Fusilier, rue Jules Lefebvre, prés du cirque d’Amiens.
Une fois par semaine, à l’aide d’une petite voiturette, à bras, ma mère reportait son travail terminé et en ramenait pour toute la semaine.
C’étaient, presque toujours, des pantalons ou des culottes de cheval, en velours.
Il lui fallait réaliser, construire tout le pantalon, mettre les passants, coudre les agrafes et les boutons, puis repasser les pantalons « à la patte mouille ».

Deux ou trois jours après Noël de 1942, ma mère, reportant son travail terminé, je restais chez des amis de mes parents. Ceux-ci tenaient un café, en bas de la rue de La Falaise.
Ces cafetiers, Monsieur et Madame Flament, à l’époque, avaient environ soixante ans. Elle même était un peu plus âgée que son mari.

J’étais assis, sur la banquette qui longeait tout le mur, à gauche dans le café, et à une table, je faisais mes devoirs. Nous étions, je le rappelle, pendant les vacances de Noël.
Quand soudain, j’ai entendu des voitures s’arrêter, il y en avait peu en ce temps là, puis j’entendis des voix parlant très fort en Français et en Allemand. Il y avait plusieurs personnes en civil et des Allemands en uniforme.
Je les voyais par la fenêtre à côté de moi.
Ils entrèrent dans le café en criant, vociférant et bousculèrent Monsieur et Madame Flament. Cette dernière marchait, difficilement, avec une canne.
Tout ce monde, se mit à chercher. Quoi ? Ils vidaient tous les tiroirs, les placards, etc.

Je pris peur, repliais mes cahiers et mes livres de classe, casais le tout sur la banquette dans le coin de la salle et je me sauvais, à toutes jambes, en remontant la rue de La Falaise.
Je revois, encore, l’officier Allemand, très grand, une chaîne autour du cou, avec une plaque. Il criait, gesticulait pour, certainement, que je revienne, plus il criait, plus je me sauvais.
S’il avait bien voulu courir après moi, il m’aurait certainement rattrapé. Je n’allais avoir que huit ans, seulement.
J’allais chez des commerçants de la rue Saint Maurice. Ils vendaient du poisson, quand il y en avait ou des légumes ou des fruits selon les difficiles possibilités de ravitaillement.
Ces commerçants, Monsieur et Madame Rassineux me conseillèrent de rentrer chez moi, pour attendre le retour de ma mère. En effet, j’avais des clefs pour rentrer à la maison.

Je fis demi-tour, sans passer par la rue de La Falaise, au travers de l’îlot Saint Maurice en construction sur l’ancienne place et sur l’ancien stade de Saint Maurice.

J’arrivais à hauteur de notre maison, quand je vis, soudain, par dessus les jardins ouvriers, en contre-bas, à l’époque il n’y avait pas de haies, les voitures Allemandes qui ralentissaient et, peut être, s’arrêtaient devant chez moi.

J’avais une peur bleue, j’étais paniqué.
Je continuais sur ma lancée à courir et un peu plus loin, il y avait de grands arbres et des taillis, dans lesquels je me planquais, pour regarder vers notre maison.
Ce n’était pas pour chez nous, mais chez nos voisins.
Les Allemands y passèrent un long moment pour fouiller la maison et repartirent, enfin !

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