Pendant ma scolarité 1943-1944, ma mère devint très malade, tout d’abord un zona puis une tuberculose pulmonaire et je fus obligé de partir dans un préventorium dans les Yvelines pour ne pas être en contact avec cette grave maladie très contagieuse.
J’arrêtais l’école en mars 1944, étant en classe avec Monsieur Lecointe, le fils d’un ancien Maire d’Amiens. J’ai donc fini le reste de cette scolarité en préventorium, dans une classe unique mais, avec plusieurs sections. Je ne perdis pas grand chose, je n’avais que 9 ans.
Il y eut un vague échange de courriers entre mes parents et le préventorium, parce que je n’étais pas baptisé et les Allemands recherchaient les enfants non baptisés. Mes parents finirent par accepter pour ce baptême, mais le courrier postal était très perturbé par la guerre
Le service postal, les chemins de fer étaient partiellement paralysés, désorganisés et l’acceptation n’est jamais arrivée. Heureusement, la Libération de la France arriva, coupant court à cette cérémonie.
Le préventorium « Plein Soleil » était à La Queue Les Yvelines, prés de Monfort L’Amaury, dans les Yvelines.
Nous fumes ballottés entre le préventorium dans le haut du pays et l’annexe en bas dans le village. A la Libération, nous sommes restés 3 jours et 3 nuits dans des abris, creusés dans la glaise et recouverts de rondins de bois. C’étaient des « abris » très symboliques, si une bombe était tombée dessus, il ne serait pas resté grand chose de nous.
Pour la Libération, nous portions tous au cou, une médaille de la Croix Rouge avec notre nom, prénom, adresse personnelle, en cas de dispersion.
Nous sommes restés dans cet abri, au moment de la libération du bourg, pendant trois jours, tout habillés, plus une pèlerine ample et un béret et je suis tombé malade.
J’y ai contracté une pleurite, (pleurésie sans épanchement, non purulente) et je fis une primo-infection à la tuberculose. Cette maladie m’a handicapé profondément, toute ma jeunesse, et toute ma vie.
Nous n’avions pas ou très peu de courrier, de nouvelles de nos familles.
Enfin, un jour mon père vint me voir, à vélo, d’Amiens, 175 kilomètres, en deux jours, peu après le Débarquement en Normandie. Il dormit à la belle étoile, dans une meule de paille. Il resta deux jours avec moi avant de reprendre le chemin du retour.
Quelle joie d’avoir des nouvelles de ma mère qui se rétablissait doucement. Il n’y avait pas les médicaments actuels et il y avait un rationnement pour le pain, le lait et la viande, surtout. Pour se nourrir, heureusement, mes parents avaient un grand jardin avec ses légumes frais, cela compensa le manque d’autres choses. Mais la peur des bombardements, de la soldatesque Allemande et les privations alimentaires ont engendré beaucoup de maladies.
Mon père m’avait apporté un peu de gâteries, gâteaux faits maison, bonbons, pains d’épices collectés auprès de tous. Certaines choses étant périssables, je les ai partagé avec des copains originaires d’Amiens et des alentours, Dupontreué de Bertangles, Rivet de Saleux. Un troisième copain d’Amiens, Michel Piccoli était reparti quelques semaines auparavant, Ses parents étaient venus le reprendre peu après le Débarquement, en prévision des événements qui allaient suivre. Mes parents ont bien regretté, par la suite, de ne pas avoir fait pareil pour moi, je n’aurais pas contracté cette pleurésie dans les abris, là bas.
Et mon père reprit la route toujours sur son vélo. Déchirements et pleurs pour tous deux, de ne pas savoir quand nous nous reverrions. et que je retrouverais enfin, ma mère.
vendredi 24 avril 2009
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